Le thème du lis se relie chez SFS à l’idée du choix et de perfection.
« Convertissez-vous à Dieu. Et vous, ô mon Dieu, mon Sauveur, vous serez dorénavant le seul objet de mes pensées » (IVD I, 10 Pl p 49)
Pour choisir Dieu comme unique objet recherché il faut arriver à cet amour de préférence que st François de Sales appelle la dilection, terme qu’il utilise, dit-il, suivant le concile de Trente. « Car ce commandement de l’amour enjoint un amour élu entre mille, comme le bien-aimé de cet amour est exquis entre mille, ainsi que la bien-aimée Sulamite l’a remarqué au Cantique. » (TAD X, 6)
C’est ce choix de dilection qui nous réchauffe au point de rendre notre charité « prompte, active et diligente, non seulement à l’observation des commandements de Dieu, mais à l’exercice des conseils et inspirations célestes. (IVD I, 1)
Dans le Livre Traité de l’amour divin au ch. 5, (TAD) St François de Sales lie la dilection de l’âme dévote à sa capacité de partager les souffrances du Sauveur : « Une âme dévote voyant cet abîme d’ennuis et de détresses de ce divin amant, comment peut-elle demeurer sans une douleur saintement amoureuse ? » Mais cependant il faut se garder de se laisser enfoncer dans une espèce de fascination de la douleur.
« Partager les douleurs du bien-aimé Sauveur opère l’union entre les amants : « L’amour égale les amants. Je le vois, ce cher amant, qu’il est un feu d’amour, brûlant dans un buisson épineux de douleur, et j’en suis tout de même, je suis tout enflammée d’amour dedans les halliers de mes douleurs, je suis un lis environné d’épines (Ct II, 2). ne veuillez pas regarder seulement les horreurs de mes poignantes douleurs, mais voyez la beauté de mes agréables amours. » (TAD V, 5)
Ayant choisi le Sauveur comme bien-aimé, et malgré les épines, l’âme bien-heureuse peut se délecter en sa présence aimante. Elle n’a qu’à suivre l’exemple de Jésus bébé qui s’abandonne entre les bras de sa mère :
Avec ma tendre mère.
« Je vais là où ma Mère me porte, je ne m’y rends pas avec elle, ni par mes propres pas, j’y vais par les pas de ma Mère, par elle, et en elle ». (TAD IX, 14) [755]… « Je n’ai qu’un dessein, me blottir sur son sein, m’allaiter, et la couvrir de baisers de ma bouche (Ct I,1). »
Le lis en effet dégage un parfum enivrant qui suffit à combler la bien-aimée. Mais en même temps, le parfum de l’âme, amoureuse de Dieu, conquiert le cœur de celui-ci : « Le lis n’a point de saison, mais s’il n’est dans le monde que justement autant que sa condition le requiert, vous le verrez bientôt fleurir en dilection, et répandre son odeur agréable. Pour cela les saints se retirèrent dans la solitude, afin que libérés des sollicitudes mondaines, ils pouvaient se consacrer plus ardemment au céleste amour.
L’épouse.
Pour cela l’épouse sacrée fermait l’un de ses yeux (Ct IV, 9), afin d’unir plus fortement sa vue en l’autre seul, et viser plus justement par ce moyen au milieu du cœur de son bien-aimé qu’elle veut blesser d’amour. Pour cela elle-même tient sa perruque tellement plissée et ramassée dans sa tresse, qu’elle semblait n’avoir qu’un seul cheveu, duquel elle se sert comme d’une chaine pour lier et ravir le cœur de son époux qu’elle rend esclave de sa dilection. »
Est-ce étonnant que Jésus ait choisi la Visitation fondée par Saint François de Sales et Sainte Jeanne de Chantal pour montrer son sacré cœur et faire appel à notre amour ? « Voilà ce Cœur qui a tant aimé les hommes, qu’il n’a rien épargné jusqu’à s’épuiser et se consommer pour leur témoigner son amour et pour reconnaissance je ne reçois de la plupart que des ingratitudes. » Comme avec Sainte Marguerite Marie de Paray-le-Monial, à qui Jésus dit qu’il ne voulait pas d’un cœur partagé, donner son cœur à Jésus, intensifie l’union d’amour au Verbe de Vie, roi de Sagesse. (Texte par Sandra Balmès)


