Le Cantique des Cantiques, comme le titre l’indique, est un chant, non seulement, un parmi d’autres, mais le plus excellent des chants. Un chant d’amour ou plutôt une série de chants d’amour. On sait que l’amour se chante, pensez à la Traviata de Verdi ou Romeo et Juliette. Il y a un langage propre à l’amour : ” Le bouquet de fleurs pour la Saint Valentin, la sérénade pour conquérir sa belle, le parfum que la femme répand qui séduit son amoureux. Il ne faut pas s’attendre à une exposition scientifique, ni un récit historique. Dans l’amour, les sens ont une grande part. Voir, toucher, entendre, sentir, ressentir…
Il y a une deuxième raison pour le titre du Cantique des Cantiques. C’est qu’il est question, non pas d’un amour quelconque d’amoureux, mais d’un amour entre Dieu le bien-aimé et son peuple, puis de nous-mêmes la bien-aimée.
Dans ce cas, comment ne pas comprendre que le titre de Traité de l’amour de Dieu que st François de Sales a choisi ? Ce dernier dit qu’il entend traiter de l’amour de Dieu pour permettre au croyant de nouer une relation d’amour avec Dieu.
A Paris, François faisait des études de droit selon le vœu de son Père, mais en secret, il complétait son éducation profane avec des cours de théologie. Fin 1584, il entendit ce que disait le prestigieux Génébrard sur le Cantique des Cantiques. Ces leçons étaient sérieuses sur le plan académique tout en faisant place au côté mystique du livre : “les amours de la Sunamite et de son berger”, cela étaient présentés comme le symbole des relations entre Dieu et le cœur humain, du Christ et de l’Eglise. Ainsi naît en François la conviction que la vie spirituelle est une histoire d’amour. (Cf. André Ravier)
La plupart des commentateurs du Cantique des Cantiques en font un commentaire verset après verset. Origène (185-253), St Bernard (1090-1153) par exemple. St Jean de la Croix (1542-1591) l’aborde en poète. Chez St François de Sales des allusions au Cantique des Cantiques sont semées un peu partout. On voit que St François de Sales en était imprégné.
LE PARFUM DE LA PRIÈRE
Le Cantique nous dit : l’arôme de tes parfums est exquis. La spiritualité de St François de Sales ne fait pas la guerre au mal directement. Elle laisse faire Dieu en premier qui agit tel un parfum pour attirer l’âme à Lui. Un passage de St François de Sales nous expose ce mode d’action : « …l’âme, prévenue de la grâce, sentant les premiers attraits de celle-ci, consentant à leur douceur, sortant de son long sommeil, se met à demander : “Allons mon cher Époux, mon ami, attirez-moi à vous, je vous prie, prenez mon bras car sans vous je ne puis aller, mais si vous m’entraînez, nous courrons en m’attirant par l’odeur de vos parfums et moi concourant comme je puis, me fortifiant de vos charmes… »
On sait combien le consentement libre a de la place chez St François de Sales. Il en tire la maxime suivante : “L’amour est une force qui ne force pas. Justement, c’est une force d’attraction comme le parfum, une douceur attirante”. Ne retenons pas de Marie Madeleine seulement qu’elle fut le premier apôtre de la résurrection, mais aussi le fait qu’elle ait couru vers la tombe de Jésus, sans parler du fait qu’elle ait versé un parfum très précieux sur ses pieds et disait : «Tandis que le roi est dans son enclos, mon nard donne son parfum“. Le motif de condamnation de Jésus, n’était-il pas : « roi des juifs » ? Et ne disait-il pas, qu’il était, le bon berger dont les brebis sont dans l’enclos ? Marie Madeleine était de toute évidence, acquise la personne de Jésus.
St François de Sales écrit à ce sujet : «Le Dieu éternel qui par sa douce présence jette en nos cœurs les odorants parfums de sa grâce». (TAD 6,9 Pl 637) L’âme rempli de ces grâces peut expérimenter les bienfaits de la présence de Dieu dans la prière si elle prie avec amour. L’âme qui tient par amour son Sauveur entre les bras de ses affections, combien délicieusement sent-elle les parfums des perfections infinies qui se retrouvent en lui ! Et avec quelle complaisance dit-elle en soi-même : “Ah, voici que la senteur de mon Dieu est comme la senteur d’un jardin fleurissant, que ses mamelles sont précieuses, répandant des parfums souverains !… » (TAD V, 2, p. 205 (Ct I,1)
RECIPROQUEMENT NOUS EMETTONS UNE PARFUM DE CHARITE
Mais l’amour de bienveillance fait sortir notre cœur de soi-même, et le fait exhaler en vapeurs de parfums délicieux ! C’est-à-dire en toutes sortes de saintes louanges. “Oh” ! dit-il : “Que toutes les créatures viennent contribuer. Les fleurs de leurs bénédictions, les pommesde leurs actions de grâces, de leurs honneurs et de leurs adorations, afin que de toutes parts on sente les odeurs répandues à la gloire de Celui duquel l’infinie douceur surpasse tout honneur et que nous ne pouvions jamais bien dignement magnifier”. (TAD V, 9 p. 224)
En somme, se mettre en la présence de Dieu, c’est s’épanouir comme des fleurs qui répandent une bonne odeur tout autour et provoquent l’admiration de Dieu. Jésus ne dit-il pas avec admiration : “Je vous le dis : pas même en Israël, je n’ai trouvé une telle foi !” (Lc 7,9)
Par Sandra Balmes


