Être des auxiliaires du prêtre auprès des âmes, par l’exemple et par « les œuvres de miséricorde »
Dans notre chronique précédente, nous avions vu comment les Filles de Saint-François de Sales peuvent être, comme Marie, auxilaires du Christ présent par le ministère du prêtre.
Aujourd’hui, nous ouvrons un deuxième volet, sur l’aspect de notre vocation à être auxiliaire du prêtre, dans la pensée d’Henri Chaumont[1] :
« Les Filles de Saint-François de Sales doivent être les auxiliaires du prêtre auprès des âmes de la même façon que Marie était, auprès des premiers chrétiens, l’auxiliaire des Apôtres : par l’exemple et par les œuvres de miséricorde spirituelle [2]». Et nous découvrons ces deux aspects :
- Par l’exemple : pour Henri Chaumont, l’exemple est une « prédication très éloquente » : l’attitude de la personne vivant profondément de l’Évangile et de l’amour du Christ ne peut pas ne pas entraîner, par contagion, « bien des âmes qui restaient froides et indécises ». Vivre une véritable vie chrétienne exerce, sans y penser, une véritable influence sur l’entourage, et nous charge d’une grande responsabilité, soit d’aider des personnes à découvrir la foi, soit de les en détourner si nous sommes nous-mêmes « négligentes et inactives » sur ce chemin.
- Le second aspect nous est présenté sous une expression qui demande à être expliquée : « par les œuvres de miséricorde spirituelle ».
Instruisons-nous :
Le mot « miséricorde » vient du latin « misericordia », de misericors : « qui a le coeur (cor) sensible au malheur (misera) » (cf le Petit Robert).
Allons plus loin : « Pour nous, la miséricorde signifie la sensibilité à la misère d’autrui ou la pitié par laquelle on pardonne au coupable. La notion biblique de « miséricorde » est beaucoup plus vaste : le mot hébreux rahamim est un pluriel qui signifie « entrailles ». (…) Il désigne surtout l’attachement qui unit Dieu à l’être humain, comme si les « entrailles de Dieu » frémissaient en pensant à l’homme. Ainsi Dieu s’émeut avec tendresse comme un père ou une mère à l’égard de leurs enfants.
Un autre terme accompagne souvent la « miséricorde » : c’est hesed. Il s’agit de la relation qui unit deux personnes et implique la fidélité et l’obligation de venir en aide. La miséricorde unie à la fidélité devient une bonté consciente et voulue qui répond à un devoir intérieur. La personne qui agit avec miséricorde témoigne alors d’une grande fidélité à la relation qui l’unit à quelqu’un d’autre. Il en est ainsi de la miséricorde de Dieu ». (Yves Guillemettre, prêtre, dans www.interbible.org)
Dans le catéchisme de l’Église Catholique, au n°2447, nous trouvons la définition de cette expression : : « Les œuvres de miséricorde sont les actions charitables par lesquelles nous venons en aide à notre prochain dans ses nécessités corporelles et spirituelles[3]. Instruire, conseiller, consoler, conforter sont des œuvres de miséricorde spirituelle, comme pardonner et supporter avec patience… ».
C’est dans ce domaine des œuvres de miséricorde spirituelle que le père H.Ch. voit la vocation des salésiennes :
« En mille circonstances le prêtre ne peut suffire seul ; il a besoin d’être aidé dans son ministère auprès des âmes, et il a le droit de compter sur la Fille de Saint François de Sales », et il décrit les nombreux domaines où la femme laïque peut agir :
- ouvrir au prêtre la rencontre d’un malade, particulièrement lorsque l’entourage de la personne refuse sa visite ;
- instruire des personnes qui ne connaissent pas le Christ, ou qui le connaissent trop peu ;
- accompagner des personnes qui ont déjà une vie de prière, mais désirent une « piété plus solide et plus éclairée ».
- « Recevoir, au titre d’amie spirituelle, des confidences que l’on n’ose pas encore confier au prêtre ; soutenir des âmes faibles, remonter des âmes découragées, consoler des âmes affligées »…
En dehors de ce qui est exclusivement du ressort du ministère du prêtre, « que d’insinuations charitables, que d’encouragements nécessaires, combien d’avis de détail dont la plupart des âmes ont besoin, dans la pratique ordinaire de la vie, et qu’elles ne peuvent pas aller chercher auprès du prêtre[4]! Si la Fille de SFS est véritablement, comme Marie, sous l’influence et la conduite de l’Esprit de Jésus, les âmes s’adresseront à elle ; elles sentiront en elle la grâce et la lumière ; elles en attendront et en retireront la consolation… »
Que dit le pape Saint Jean-Paul II
Le pape Jean-Paul II, dans son exhortation apostolique « Ecclesia in Europa »(2003), nous invite à renouveler notre témoignage, pour que l’Évangile soit annoncé ou ré-annoncé à nos contrées d’ancienne chrétienté. Il insiste, dans la mission des laïcs (§41), sur « l’œuvre accomplie par des laïcs chrétiens, hommes et femmes, souvent dans une vie ordinaire et cachée, à travers d’humbles services qui leur permettent d’annoncer la miséricorde de Dieu à ceux qui sont plongés dans la pauvreté »… Il insiste ensuite particulièrement sur le rôle de la femme, et sur « son apport spécifique dans le rôle de l’Évangile de l’espérance… Les femmes ont toujours eu une place importante dans le témoignage évangélique. Il faut se souvenir de tout ce qu’elles ont fait, souvent dans le silence et de manière cachée, dans l’accueil et la transmission du don de Dieu, aussi bien par la maternité physique ou spirituelle, les activités éducatives, le catéchèse, l’accomplissement de grandes œuvres de charité, que par la vie de prière et de contemplation »(…) « Il y a des aspects de la société européenne contemporaine qui constituent aujourd’hui un défi pour la capacité qu’ont les femmes d’accueillir, de partager et d’engendrer dans l’amour, avec ténacité et générosité[5]… . « C’est dans ce contexte que l’Église attend des femmes l’apport vivifiant d’une nouvelle vague d’espérance ».(§42)
Ne trouvons-nous pas là un écho pour l’Église d’aujourd’hui, et pour nous, salésiennes, un écho reprenant toutes les intuitions de notre fondateur? Quelle ouverture, quelle mission, pour nous aujourd’hui! Une mission pour tout(e) chrétien(ne) laïque, que notre consécration salésienne nous aide à accueillir, à approfondir et à vivre.
« Église en Europe, continue à contempler Marie, et reconnais qu’elle apporte « sa présence et son assistance maternelles dans les problèmes multiples et complexes qui accompagnent aujourd’hui la vie des personnes, des familles et des nations » […] « Marie nous aide à interpréter aujourd’hui encore, nos itinéraires en référence à son Fils Jésus. Créature nouvelle modelée par l’Esprit Saint, Marie fait croître en nous la vertu de l’espérance. Marie, mère de l’espérance, marche avec nous ! Apprends-nous à proclamer le Dieu vivant : Aide-nous à témoigner de Jésus, l’unique Sauveur ; Rends-nous serviables envers notre prochain, accueillants envers ceux qui sont dans le besoin, artisans de justice, bâtisseurs passionnés d’un monde plus juste ; […] Aurore d’un monde nouveau […] veille sur l’Église en Europe : qu’elle soit transparente à l’Évangile ; qu’elle soit un authentique lieu de communion ; qu’elle vive sa mission d’annoncer, de célébrer et de servir l’Évangile de l’espérance pour la paix et la joie de tous » […] (Conclusion de la lettre apostolique « Ecclesia in Europa »)
Eudokia, avec l’aide de Sœur Claude
[1] Henri Chaumont
[2] « Être Marie », 27ème méditation. Toutes les citations de cette chronique sont extraites de cette méditation.
[3] Cf Isaïe 58 6-7 : « N’est-ce pas plutôt ceci, le jeûne que je préfère : défaire les chaînes injustes, délier les liens du joug: renvoyer libres les opprimés, et briser tous les jougs? N’est-ce pas partager ton pain avec l’affamé, héberger chez toi les pauvres sans abri ; si tu vois un homme nu, le vêtir, ne pas te dérober devant celui qui est ta propre chair? Alors ta lumière éclatera comme l’aurore…. »
[4] C’est cette intuition même, selon laquelle les filles de SFS peuvent aller, du fait qu’elles sont femmes, dans des lieux où le prêtre ne peut pas aller, et apporter une amitié spirituelle, qui a été à l’origine de l’envoi des « Catéchistes missionnaires » en Inde, en 1889, ce qui a donné naissance à nos sœurs Salésiennes Missionnaires, SMMI.
[5] suivent des exemples où sont laissés de côté par notre civilisation « la dimension affective et le rôle des sentiments.. la difficulté de se placer dans une relation de réciprocité avec l’autre et d’accueillir celui qui est différent de soi »


