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François de Sales et nous (II)       

Jésus-Christ premier en tout

Célébrant la nuit de Noël 1622 avec les Visitandines de Lyon, trois jours avant sa mort, François prêche sur le mystère de l’Incarnation, qu’il présente comme une Pâque, un passage :

         « De fait, la solennité d’aujourd’hui n’est instituée qu’en mémoire du passage que Notre Seigneur a fait de sa Divinité à notre humanité …

         Avant que d’entrer plus avant dans mon discours, je vous dirai que j’ai coutume de me servir de quelque similitude. En toutes les œuvres que nous faisons ou que nous commençons, si nous sommes bien avisés, nous avons la fin présente parce que nous la devons avoir. Par exemple, si quelqu’un veut fabriquer une maison ou un palais, il considère premièrement si c’est pour y loger un vigneron ou quelque paysan, ou bien si c’est pour un seigneur, d’autant qu’il lui faut tenir une toute autre méthode, selon la qualité de la personne qu’il veut y loger.

        Le Père éternel en a fait de même en la fabrique de ce monde ; car il projeta de le créer pour l’Incarnation de son Fils, qui est le Verbe éternel. La fin de son œuvre fut donc son commencement, sa divine Sapience (Sagesse) ayant prévu de toute éternité que ce Verbe prendrait notre nature et viendrait sur cette terre. Tout cela il l’avait préordonné avant que Lucifer et le monde fussent créés et que nos premiers père et mère eussent péché ; et nous tenons par tradition certaine qu’il y a mille six cent vingt et deux ans que Notre Seigneur est venu en ce monde et qu’en prenant notre nature, il s’est fait homme …

        Considérons, je vous prie, la bonté du Père éternel ; car s’il l’eût voulu il eût pu créer l’humanité de son Fils comme il créa nos premiers parents, ou bien lui donner la nature des Anges, cela étant en son pouvoir. Or, s’il en avait été ainsi, Notre Seigneur n’aurait pas été de notre nature, nous n’aurions donc point eu d’alliance avec lui. Mais sa bonté l’a porté jusque-là, que de se faire notre frère afin de nous donner exemple et nous rendre par ce moyen participant de sa gloire ; c’est pour cela qu’il a voulu être de la graine d’Abraham, car la très sacrée Vierge était de sa race, et pour cette cause il est dit d’elle : Abraham et semini ejus (Abraham et de sa race) » (Lc 1,55 ; Rm 1,3 ; Gal 3,16).

         Ce dernier sermon renvoie au Traité de l’Amour de Dieu (Livre II, ch. 4-5).

         « On ne plante principalement la vigne que pour le fruit ; et donc, le fruit est le premier désiré et prétendu, quoique les feuilles et les fleurs précèdent en la production. Ainsi, le grand Sauveur fut le premier en l’intention divine et en ce projet éternel que la divine Providence fit de la production des créatures : et en contemplation de ce fruit désirable fut plantée la vigne de l’univers et établie la succession de plusieurs générations, qui, à guise de feuilles et de fleurs, le devaient précéder, comme avant-coureurs et préparatifs convenables à la production de ce raisin que l’Epouse sacrée loue tant dans le Cantique des Cantiques (1, 13), et la liqueur « duquel « réjouit Dieu et les hommes » (Jg 9, 13).   (TAD II, 5)

          C’est l’enseignement de saint Paul (cf Col. 1, 15-20) relayé par François de Sales. Nous en avons un écho dans la première encyclique de Jean Paul II, Redemptor hominis : « Le Rédempteur de l’homme, Jésus Christ, est le centre du cosmos et de l’histoire … (en lui) l’histoire de l’homme a atteint son sommet dans le dessein d’amour de Dieu. Dieu est entré dans l’histoire de l’humanité et, comme homme, il est devenu son sujet, l’un des milliards tout en étant unique. Par l’Incarnation, Dieu a donné à la vie humaine la dimension qu’il voulait donner à l’homme dès son premier instant. »

     Cela a des conséquences concrètes dans notre vie et notre ministère : Jésus Christ est-il premier ? L’Evangile est-il seulement une réponse au mal qui est en nous et autour de nous ?… Non, le mal n’est pas premier ; c’est la Bonne Nouvelle qui est première. Cf Genèse : « Dieu vit que cela était bon, et même très bon » ; le mal n’est venu qu’après.

     Notre existence et notre vocation sont liées à Jésus « premier-né de toutes créatures » : Dieu « fit choix de créer les hommes et les Anges, comme pour tenir compagnie à son Fils, participer à ses grâces et à sa gloire, et l’adorer et louer éternellement. »  (TAD II, 4)

Père François Corrignan – Prêtre de Saint François de Sales

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