Je vous invite à prendre un peu de hauteur. Il ne paraît pas inutile, par les temps qui courent, de réentendre les raisons essentielles pour lesquelles l’Église canonise certains de ses enfants.
Dans le monde actuel, en bonne partie forgé par les médias et les réseaux de communication numérique, on pourrait se demander si ce n’est pas céder à une mode et se bercer d’illusion que de vouloir mettre en avant une figure de chrétienne, d’en exposer les traits, les paroles, les souffrances et les joies, au milieu d’un flot d’informations disparates, souvent insignifiantes, parfois sordides et ténébreuses.
Le fleuve du temps s’écoulant sans retour, on peut aussi s’interroger sur le fait de vouloir présenter au monde actuel une femme d’un autre temps. Mme Carré était contemporaine de la révolution industrielle. Nous vivons les transformations d’une révolution numérique, et plus largement un changement d’époque, sur bien des plans.
Parfois se liguent l’individualisme ambiant de nos cultures et une certaine idée de progrès, pour semer un doute : qu’est-ce qu’une personne comme Caroline Carré aurait à dire aujourd’hui ? Faut-il dépenser autant, en argent, en travail ? quel intérêt ?
L’Église du Christ vit par les hommes et les femmes qui y sont rassemblés, sur la terre et au Ciel. Elle est le corps que nous formons, comme membres animés par l’Esprit de Jésus, à la louange et à la gloire de Dieu, le Père.
Pour aller droit au but, une canonisation, c’est d’abord un enrichissement du patrimoine liturgique de l’Église. Le trésor de la prière de l’Église, comme telle, s’enrichira – espérons-le ! – de la « mémoire liturgique » d’une bienheureuse, puis d’une sainte. Ceci n’a rien d’anecdotique, mais on n’en peut saisir la portée qu’à la lumière du mystère de l’Église qui est « l’édification du Christ total », au long de l’histoire humaine. La plénitude du Christ, selon les paroles de saint Paul, se réalise par l’accomplissement de nos vies dans l’Esprit Saint, ce que notre Père saint François appelle la « vie dévote ». Une béatification – avec une portée limitée dans le Peuple de Dieu – puis une canonisation – à portée universelle – sont un développement de la « loi de la prière », une extension de la louange de l’Église, unie à Jésus, son Époux. Ce sont de nouvelles couleurs sur la robe de mariée de l’Épouse, de nouveaux thèmes de son chant, pour la louange du Père qui ne cesse de l’embellir pour son Époux.
Par ailleurs, ce développement de la lex orandi correspond aussi à un développement de la lex credendi, selon les besoins actuels et futurs de l’Église et du monde. Notre vénérable Caroline a interprété au long de sa vie, la « musique notée », une partition musicale de l’Évangile de Dieu. L’Église a déjà reconnu en elle – et par deux fois ! – l’accomplissement des vertus chrétiennes, autant qu’il est possible à qui se livre sans réserve et durablement à la grâce de Dieu. En la proposant à la béatification, c’est un visage nouveau et original de l’unique Évangile de Jésus que nous présenterons au Pasteur suprême. Si le Pape décide de la déclarer bienheureuse puis sainte, il marquera du sceau de l’Esprit le « chant de vie » de Caroline Carré – paroles et musique. Et il l’offrira au Peuple de Dieu comme une expression authentique de la foi reçue des Apôtres.
Communication du Postulateur de la Cause de Caroline
Assemblée Générale des Filles de Saint François de Sales


