La spiritualité salésienne

La spiritualité salésienne

Une spiritualité qui parle aux hommes d’aujourd’hui comme à ceux de son temps : la sainteté ne se gagne pas, elle se vit dans le respect du devoir d’état, la prière et l’accompagnement spirituel.

François de Sales insiste sur le devoir d’état. C’est dans l’état où nous sommes que nous trouvons le lieu et le moyen de notre sanctification. Dans l’Introduction à la Vie Dévote, plusieurs chapitres regroupent des conseils pour vivre dans le monde. On remarquera particulièrement l’importance qu’il accorde à la sanctification dans le mariage. Il est l’un des premiers auteurs spirituels à écrire pour les gens mariés. Il esquisse une véritable spiritualité conjugale. Il met la première fin du mariage dans l’amour mutuel et non dans la procréation, ce que reprendra Vatican II.

Il prône un réalisme dans la vie spirituelle, une certaine patience avec soi-même, et accorde beaucoup d’importance aux « petites croix » de  la vie quotidienne. Il se méfie de ceux et celles qui ne veulent que « cheminer par les sommets ». Il propose une spiritualité à la portée de tous, accessible à tous.

Enfin, François de Sales recommande à Philothée comme à Théotime à qui il s’adresse dans le TAD « d’aller à son père spirituel » (un directeur, un accompagnateur ou une accompagnatrice) qui est un ami et auprès de qui prendre conseil. Fin psychologue dirions-nous aujourd’hui, il élabore une pédagogie spirituelle centrée sur la personne. François sait laisser celui ou celle qu’il accompagne se prendre en main par lui-même. Il se contente de l’aider par ses conseils, de l’écouter et de le stimuler. Jamais, il ne s’est considéré comme un maître à suivre.

une pédagogie spirituelle fondée sur la persuasion et la suggestion

Sa pédagogie spirituelle se fonde sur la persuasion et la suggestion. Écouter la personne. Tenir compte du temps. Prendre patience. Avancer lentement, mais sûrement. Il a bien saisi l’aspect de cheminement de la vie spirituelle. Il invite très souvent ses dirigés à ne pas brûler les étapes (Cf. lettres à  la présidente Brûlart). Il va donner beaucoup d’importance à l’aspect affectif, amical, dans la direction spirituelle. Il n’a pas peur de l’amitié et des marques d’affection spirituelle (Cf Correspondance, François de Sales et Jeanne de Chantal).

Une vision optimiste de Dieu et de l'homme

Un trait remarquable chez François de Sales : sa vision optimiste de Dieu et de l’homme. À dix-neuf ans, il traverse une grave crise spirituelle, de cette expérience découlera cette vision optimiste, prenant ainsi le contre-pied du pessimisme de l’époque.

Insistant sur la Miséricorde de Dieu, sa bonté, son amour, il est à l’origine d’une nouvelle compréhension du mystère de Jésus. La tradition salésienne deviendra une composante essentielle de l’âme occidentale, saint François de Sales marque une étape nouvelle sans rien inventer du mystère de Jésus. Le résultat du virage qu’opère François est une attitude de confiance en Dieu plutôt que la peur et la crainte.

Il met en lumière l’aspect de gratuité de l’amour de Dieu qui nous aime sans mérite de notre part. Il va tout centrer là-dessus. L’amour de Dieu qui nous prévient, qui est premier. Il a mis au centre de sa vie la primauté de l’amour et il en fait le pivot de toute sa spiritualité. (cf Pr. Hermann Giguère)

François de Sales est frappé par une certaine bonté naturelle de l’homme qui pourrait faire penser à un Jean-Jacques Rousseau avant l’heure. Il est frappé par cette capacité à faire le bien qu’il y a en tout individu, quels que soient son statut social ou ses opinions. Ce sera sa marque dans les dialogues avec les calvinistes. Il va se faire le promoteur d’un « humanisme dévot » (Brémond), a-t-on écrit, pour qualifier sa spiritualité, une spiritualité intégrée, pourrait-on dire en langage d’aujourd’hui, où se manifeste une très grande confiance dans l’homme. Il s’intéresse toujours aux aspects humains de la vie spirituelle, nous rappelant ainsi le mot de Pascal : « Qui veut faire l’ange, fait la bête ». On ne peut, en effet, mettre de côté les réactions naturelles humaines sans risquer de s’évader dans l’illusion et le rêve.

``Tout par amour, rien par force``

Pour François de Sales, l’amour est le but et, l’amour est aussi le moyen particulier pour qui veut vivre une vraie vie d’union à Dieu. L’originalité de François de Sales, ce n’est pas de le dire, car saint Paul l’avait dit avant lui (cf. I Co 13). L’originalité de François de Sales réside dans le fait qu’il structure tout autour de cela. « Dieu est Dieu du cœur humain » écrit-il au début du Traité de l’Amour de Dieu.

Ce ne sont ni les jeûnes, ni les veilles, ni les sacrifices, ni les actes mais l’intention avec laquelle ces pratiques sont faites qui comptent. « Tout par amour, rien par force. » Il écrira sans se lasser que c’est l’intention de charité (d’amour) animant nos actions qui leur donne toute leur valeur. Cette pensée  se déroule tout au long des livres du Traité de l’Amour de Dieu. Pris en eux-mêmes, dira-t-il, exercices et les pratiques de toutes sortes n’ont aucune valeur.  « Les bonnes œuvres ne sont bonnes que si elles sortent de cœurs aimants, et ils ne seront aimants que dans le cœur du Christ » (P. Max Huot de Longchamp).

Pour finir, nous dirons que la personnalité charismatique de saint François de Sales a fasciné ses contemporains et continue de le faire aujourd’hui.

Texte écrit après l’étude du cours du professeur Hermann Giguère et la lecture des introductions d’ouvrages écrits par le Père Max Huot de Longchamp et le Père Didier-Marie Proton.

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