Voici un livre qui propose une lecture neuve des Évangiles et donc nous offre un autre regard sur Jésus. Cela ne correspond-il pas à notre désir profond de toujours mieux le connaître pour l’aimer en vérité ? Au fil des pages et des découvertes appuyées sur les textes, notre intérêt et même notre étonnement parfois, fait croître notre envie de poursuivre la lecture pour faire un pas de côté et découvrir un autre éclairage.
Nous connaissons tous et toutes ces textes : les réponses de Jésus nous pourrions les citer par cœur… Et pourtant… L’auteure nous guide avec aisance et fermeté en scrutant les Écritures vers des sens ignorés, cachés parce que négligés. Et elle met ainsi en lumière que la relation de Jésus avec les femmes qu’il côtoie est complètement différente des usages, il ne s’inscrit pas du tout dans la misogynie ambiante que l’on sent chez les pharisiens ou bien chez ses disciples.
Jésus regarde les femmes, qui sont invisibles ou presque ( la petite veuve du Temple), il les admire et loue leur foi et leur ténacité (la Syro-phénicienne) il leur parle ( la Samaritaine) il les libère ( la femme adultère) il les touche et se laisse toucher (la femme aux pertes de sang , ou celle au parfum) et enfin il leur confie l’annonce de LA bonne nouvelle de la Résurrection.
Je voudrais partager la découverte qui m’a véritablement « ouvert » les yeux sur notre lecture insuffisante ou incomplète. L’évangéliste Luc rapporte la guérison de la femme courbée : Luc 13,10-16.
Dans une synagogue Jésus est invité à donner un enseignement un jour de sabbat ; puis il voit une femme déformée, courbée depuis dix-huit ans, qui ne peut pas se redresser. Il pose les mains sur elle et la guérit (« Femme, te voilà délivrée de ton infirmité ») mais le chef de la synagogue est indigné et fait une remarque désobligeante sur le non-respect du sabbat. Jésus, finalement réplique « Et cette fille d’Abraham que Satan a liée voici dix-huit ans, ne fallait-il pas la délier de ce lien le jour du sabbat ? » L’expression fille d’Abraham est unique dans tout le corpus biblique. Autant l’expression fils d’Abraham est courante, autant la formule fille d’Abraham est inconnue. Toute la tradition religieuse, profondément patriarcale, compte les hommes et non les femmes ; celles-ci appartiennent à la maison d’un homme comme les biens matériels. Jésus, en inaugurant cette appellation de fille d’Abraham introduit les femmes dans le peuple (élu), chacune en son nom propre, il leur donne une dignité d’être. On pourrait même aller jusqu’à dire que Jésus affirme que les femmes appartiennent à Dieu et non plus à un homme.
Un exemple donc… Et tant d’autres ! L’auteure scrute véritablement l’Écriture et révèle beaucoup de pistes négligées valorisant les femmes.
Pourquoi ces pistes négligées ou ignorées ? L’auteure propose deux explications :
- La première est la position quasi inexistante des femmes dans la société juive du temps de Jésus (on compte les hommes mais pas les femmes ni les enfants lors de la multiplication des pains chez Matthieu 14,21)
- La deuxième est que lecture et interprétation des Écritures ont été réservées pendant des siècles à des hommes (Pères de l’Église, clercs, moines) et qu’ils ne se sentaient pas concernés.
Christine Pedotti est une femme de conviction et l’opinion qu’elle exprime dans l’annexe du livre peut faire l’objet d’un débat. Cependant, il serait dommage de se priver de la lecture et d’un tel regard neuf sur Jésus. C’est pourquoi je voulais faire partager mon plaisir de l’avoir lu.
Béatrice Dupré


